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Nos présidents, ces serials twitter

A coup de tribunes dans les journaux, de speech à la télé ou encore de tweets plus ou moins bien placés, nous revoilà inondés d’informations et de contre-informations pour la course à la présidentielle française. Les articles restent, les archives vidéo également mais qu’en est-il de ces traces, de ces pensées éphémères sur les réseaux sociaux ? Et que reste-t-il des archives des réseaux sociaux d’un gouvernement lorsque celui-ci change ? compte-twitter-de-barack-obama-2

Jetons d’abord un coup d’œil chez nos voisins américains qui nous ont précédés de peu avec leurs récentes élections. @POTUS – acronyme de President Of The United State – est, comme son acronyme l’indique, le compte twitter officiel du président des Etats-Unis. Ce compte a été transmis au nouvel occupant du bureau ovale qui hérite de ses millions d’abonnés mais pas des tweets de son prédécesseur. En effet, Donald Trump a récupéré un compte vierge, tous les tweets de Barak Obama ayant été supprimés. Mais que deviennent les tweets de l’ancien président ? Pas question de les détruire, « ces archives appartiennent au peuple américain » indique la Maison Blanche. Archivés automatiquement par cette dernière, les tweets, messages privées émis et reçus, les mentions et les favoris sont aujourd’hui conservés par la National Archives and Records Administration (NARA), l’équivalent de nos Archives Nationales.

Et ça ne s’arrête pas là puisque ces archives sont laissées dans leur environnement naturel, twitter, sur un nouveau compte @POTUS44 (Obama étant le 44ème président) géré par la NARA elle-même. On y voit les tweets publiés par le président mais également ceux qui lui ont été adressés au cours de ses 8 années en poste. Un traitement équivalent est apporté à d’autres comptes twitter comme celui de la première dame @Flotus44, celui du vice-président (@VP44) ou encore de la maison blanche @ObamaWhiteHouse. Voilà une insolite conservation qui a de quoi surprendre. D’autant plus que la Maison Blanche fournit à qui le désire le contenu de ces comptes sous forme de fichiers zip téléchargeables, désireuse de les rendre accessibles et utiles. Les contenus des comptes Facebook, Instagram, etc. semblent quant à eux être conservés de manière plus traditionnelle.

Mais pourquoi archiver de tels propos éphémères, spontanés ou réfléchis ? La première raison est bien évidemment juridique. Le gouvernement fédéral a le devoir au regard de la loi pour la liberté d’information (Freedom of Information Act) de conserver et communiquer les documents qu’il produit. Et les réseaux sociaux constituent des archives présidentielles. A quoi pourront-elles servir alors ? Elles sont l’un des témoins clés des communications entre le public et le chef de l’Etat et sont donc conservées à des fins historiques.

Et qu’en est-il chez nous ? Suivons-nous le bel exemple de nos voisins transatlantiques ?

La France aussi essaye de mettre en place un système équivalent avec @Elysée, à ceci près que les mentions ne seront pas conservées car « il faudrait passer par un broker de tweets, ce qui a un coût non négligeable » mais surtout que l’archivage de la parole publique sur les réseaux sociaux n’est pas obligatoire. L’Elysée utiliserait ainsi la fonction « demander votre archive » proposée par Twitter, qu’ils transmettraient par la suite aux Archives Nationales, « ce qui est, nous le concédons, bien moins élaboré que ce qui est pratiqué par nos collègues de la Maison Blanche » avoue-t-il au journaliste Vincent Gland. Et ce fonds peut être nourri par des dépôts spontanés comme le prouve le récent versement que s’est vu accorder Manuel Valls aux Archives Nationales, de ses 1800 tweets rédigés sur son compte @manuelvalls pendant son mandant de Premier Ministre. Mais qu’en est-il des tweets supprimés ? La question reste en suspens. Il n’y a pas donc pas de quoi faire pâlir d’envie notre voisin Américain mais ces avancées démontrent tout de même l’importance qu’ont pris les réseaux sociaux et les archives numériques.

Outils de communication vers le grand public, ils sont aujourd’hui une source indispensable pour la compréhension de l’histoire.

Camille CAUSSE pour ARCHIVECO

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