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L’Alliance Israélite Universelle, une histoire qui déménage !

Sous couvert d’anonymat vous ne les avez certainement pas reconnus, mais en décembre dernier, des centaines d’ouvrages et d’archives constituant l’une des  plus grandes collections des sciences du judaïsme étaient déplacés au cœur de Paris et de sa proche banlieue. Après 80 ans de vie commune, l’Alliance Israélite Universelle doit se séparer de son bâtiment, rue Labruyère et sa bibliothèque réintègre le bâtiment d’origine rue Michel-Ange, là où tout a commencé.

Créée en 1860 par des intellectuels et savants ayant bénéficié de l’émancipation des juifs de France avec la Révolution Française, l’Alliance Israélite Universelle est porteuse d’une histoire unique en son genre.

Influencée par le mouvement des lumières, son objectif est d’améliorer le sort des hommes grâce au progrès et à l’éducation. De l’Irak à la Roumanie en passant par la Turquie et le Maroc, des écoles sont ainsi fondées un peu partout autour de la Méditerranée et dans les Balkans, et une bibliothèque se constitue à Paris dès 1862.

Dans la continuité d’une collection de documents très encyclopédiques qui dépasse la simple étude religieuse, cette bibliothèque contient aujourd’hui, plus de 150 000 livres, autour de 3000 collections de journaux et des kilomètres d’archives. Liées à l’histoire de l’institution elle-même, les archives historiques sont majoritairement composées de correspondances reçues à Paris des agents de l’Alliance présents un peu partout dans le monde jusqu’en 1940. A ce fonds s’ajoutent deux autres fonds : les archives privées constituées de dons et legs d’universitaires et de grandes familles après décès, comme les archives du journaliste Bernard Lazard défenseur de Dreyfus, ainsi que les archives dites « modernes » d’après 1945.

Récits, protestations, histoires familiales, ces documents nous livrent d’inestimables témoignages de la vie des juifs aux XIXe et XXe siècles. Mais pas que. En effet, certaines informations peuvent dépasser le cadre du monde juif comme les témoignages de première main du génocide arménien de la part de directeurs d’école présents dans l’empire ottoman.

Mais le plus insolite reste peut-être le fonds « archives de Moscou ».  L’histoire de la bibliothèque de l’Alliance a subi tout ce qui a pu être fait aux archives et bibliothèques lors de la seconde guerre mondiale. Spoliée par les nazis, la plupart de ses livres sont envoyés à Francfort et seront renvoyés à l’Alliance à la fin de la guerre par les troupes alliées. Mais une autre partie, volée par d’autres services allemands, atterrissent à l’est de l’Allemagne et sont récupérés par l’URSS. On ne les reverra plus jusque la fin des années 1990, après la chute de l’Union Soviétique et l’ouverture des archives secrètes de Moscou. Ce sont elles qui aujourd’hui constituent le fonds « Moscou ». Vol, double vol mais aussi sauvetage, un scénario digne des plus grands James Bond ! Et ça laisse des traces : tampons et étiquettes nazis, inventaires et annotations Russes.

C’est toute cette mémoire qui, en décembre 2016, déménage. Et le problème bibliothèque-aiu-article-ode place auquel se confronte la bibliothèque ne l’empêche pas de rouvrir ses portes et d’accueillir des chercheurs 3 semaines après sa fermeture. Un tour de force indispensable pour Jean-Claude Kuperminc, le conservateur de la bibliothèque, pour qui « il est essentiel de ne pas présenter l’image d’une bibliothèque qui s’interrompt ». Mais quelques ajustements ont été nécessaires pour sauvegarder les collections qui ne pouvaient plus être abritées rue Michel-Ange, l’insuffisance d’espace obligeant à imaginer une solution de repli. Contre la mise en carton « qui aurait été la mort de la bibliothèque » pour le conservateur, il choisi de séparer les fonctions de la bibliothèque et d’externaliser le stockage en faisant appel à un prestataire. Accueillies dans un lieu de stockage spécifiquement créé pour l’Alliance, les collections précieuses sont réinstallées sur des rayonnages comme elles l’étaient à l’origine,  tandis que les livres plus récents et moins précieux ainsi que les archives non traitées sont stockées dans des caisses.

Et alors que la bibliothèque s’adapte à ce tout nouveau fonctionnement, elle n’en arrête pas moins ses autres projets de développement. La prochaine étape ? Créer une vraie bibliothèque numérique de l’Alliance qui sera un outil spécifique pour accéder aux documents et qui sera plus visible, « on est en train de créer notre Gallica » m’annonce fièrement Jean-Claude Kuperminc. Gare à toi Gallica, un concurrent de taille est sur le point de débarquer !

 

Camille CAUSSE pour ARCHIVECO

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